Le Manuel Des Castors Juniors

Picsou Magazine et Mickey Parade ayant bercé mon enfance, Le Manuel Des Castors Juniors m’a toujours fasciné. Ce recueil de trucs et astuces du quotidien, sorte de Bible pour scouts et véritable fleuron du système D pour enfant en âge de maîtriser la lecture est avant tout fictif, et brandi par Riri, Fifi et Loulou dès lors qu’ils se retrouvent dans une situation délicate. Une espèce de 100% Mag avant l’heure, donc. Walt Disney Company a cependant eu le bon sens de faire de ce rêve une réalité en éditant une série de véritables manuels (avec couverture cartonnée et pages couleurs) entre 1995 et 2000, vendus à l’époque dans tous les bons Disney Store, ceux sur qui l’on peut compter, quoi.

J’étais fan, même si la plupart des opérations de travaux pratiques se terminait en “échec de la mission” pour moi, l’handicapé du Spirograph.

Vous voyez ? Écrire mon nom sur la première page fût déjà une épreuve apparemment des plus périlleuses.

Le Manuel Des Castors Juniors (vol. 1) s’était donc fixé pour mission de nous divertir avec trois fois rien et surtout, de nous forger un début de vie sociale, et ce dès notre plus jeune âge. Et pour ce faire, il y a carrément un chapitre intitulé “Entre amis”, auquel je vais m’intéresser de plus près aujourd’hui.

p°53

On apprend en ouverture du chapitre que les amis, c’est “super” et “indispensable pour bien s’amuser en plein air!“. Le doute est donc levé et oui, c’est bien vrai, toi petit loup aux yeux rivés sur ta GameBoy Pocket, tu vas aussi devoir te frotter aux complications quotidiennes qu’engendrent les rapports humains, et plus particulièrement aux autres enfants de ton âge, parce que c’est “super” et que non, tu ne peux définitivement pas rester assis près de ce radiateur toute ta vie, mince alors.

Merde alors, moi qui comptait exploiter mes amis et leur raconter une sombre histoire à base de complot intergouvernemental, Loana et Spirou Magazine qui les aurait amené d’une manière ou d’une autre à travailler pour moi dans une mine de diamants… Boah, peu importe, je vais tâcher de les aider et partager leur secrets pour le moment, mais passé 8 ans et demi, ils seront tous sous mon contrôle.

p°56

Pardon, mais c’est quoi ce délire? La leçon est certes très bonne et gagne à être connue de tous ces tortionnaires qui, hauts comme trois pommes mais avec plus de prestance à l’oral que le reste de la classe, se permettent d’exclure d’autres enfants de leur club d’amis, elle n’en reste pas moins surréaliste. Les brutes n’ont jamais rien voulu savoir. Non, c’est non.
Si le nouveau venu a raté ses tests, vous n’allez quand même pas le renvoyer! Donnez-lui tout de suite l’insigne et la carte du club“.
Bon, soit.

Alors je me permettrai de rajouter de ne surtout pas oublier de le féliciter : “Bravo, tu as raté tous les cerceaux placés à douze centimètres de toi au jeu d’adresse, tu n’as été foutu de ne trouver que le chien lors de la partie de cache-cache et tu n’as même pas ramené un sac de bonbons pour tenter d’acheter notre amitié, tu es vraiment une belle brêle! Voilà ton insigne et ta carte, je crois que tu les as sincèrement mérité!”. On conclut par un petit crachat au visage, et puis on file lui chercher une coiffe de membre sur-le-champ, s’il vous plaît.

p°74

Ah super! Donc après nous avoir appris comment nous faire des copains, le manuel compte visiblement nous apprendre à nous en débarrasser : en proposant une course de char dans laquelle on remplace le char par “un bâton de 1,50m” et “les chevaux, par des amis!“.

Les “chevaux” posent les mains par terre…et les pieds sur le bâton“. Le tout promet une course “inoubliable” selon les auteurs. Mais quand même, on est pas des chiens, et le livre nous conseille donc de choisir “un terrain plat et sans cailloux“. Encore heureux, déjà que le rôle du conducteur est attribué de façon totalement arbitraire et même injuste par le chef de jeu, c’est-à-dire nous. Et pour un peu que l’on ne soit pas maso, la réponse est “C’EST MOI LE CONDUCTEUR, VOUS FAITES LES CHEVAUX!”.

p°78

Le grand rallye des messages secrets.

Alors écoute moi bien petit, il te faut avant toute chose dévaliser le rayon papeterie du Carrefour le plus proche de chez toi. Un Virgin Megastore si tu as dores et déjà des goûts de luxe.

Et le plus important : un maximum de copains“. Bah oui, mais sauf que non. A l’époque j’étais loin d’être un mec trop chanmé, voire à la limite de boire mon Banga et manger mes BN tout seul sous le préau, et aujourd’hui encore, réunir 30 personnes pour participer à un jeu de pistes dans les bois me paraît un peu insurmontable. Alors imaginez tout ça à 7 ans.

p°79

Choisis un terrain assez grand, riche en cachettes éventuelles (arbres, rochers, bosquets, etc)“. Ah d’accord. Il fallait nous prévenir que ce manuel avait été rédigé en partenariat avec La Carte Aux Trésors. J’espère au moins que Sylvain Augier est crédité dans les dernières pages.

Ahahahahah, bande d’avant-gardistes.

p°83

Le bouche-balle.

Bon, bah une variante de ce que n’importe quel gosse fait avec un ballon, quoi : taper dedans, mais avec le souffle de la bouche. Imaginez donc deux équipes de trois joueurs soufflant frénétiquement sur un ballon dans l’espoir de le faire tomber dans le camp adverse. Le plaisir des choses simples, tel Herta (en moins savoureux). Si ça c’est pas un jeu destiné à exclure les asthmatiques, il faudra qu’on m’explique.

p°88

Le golf à billes.


Alors là, voilà quelque chose qui faisait rêver le fan de minigolf que j’étais. Mais là encore, autant dire que l’entreprise s’est révélée être bien plus retors qu’il n’y paraît. Non pas dans la construction du parcours qui, pour une fois, n’exigeait pas d’avoir fait polytechnique option bac à sable pour obtenir un rendu correct, mais tout simplement dans le déroulement du jeu.

  • Cale un tube en carton avec des cailloux. La bille doit passer dedans. Si elle reste à l’intérieur, sors là avec une baguette et recommence
  • Elève un monticule de terre (…) la bille doit monter, passer entre les bâtonnets et descendre de l’autre côté
  • Pose 2 tremplins (…) la bille doit gravir le premier tremplin, traverser l’espace vide et redescendre sur le second

Bref, ce truc-là, c’était pire qu’Intervilles. Je me demandais juste à quel moment Fabrice allait intervenir pour hurler “LÂCHEZ LA VACHETTE!”.

Mais le Manuel Des Castors Juniors, en plus d’être une mine d’or pour enfant hyperactif vivant à proximité d’un puits, un lac, une montagne et deux ou trois éoliennes (il faut au moins ça), c’est avant tout une grande et belle leçon d’amitié, parsemée de message de ce genre :

Si ça, c’est pas beau tout de même. Sache juste, petit castor espiègle que tu es, que les amis plantes et animaux, ça ne va qu’un temps et que non, quand bien même tu serais en âge d’avoir un poney et de t’en occuper tout seul, il ne sera pas en mesure de t’accompagner dans l’enceinte du collège. Il en va de même pour ta Gnaphale à pied de lion (aka Edelweiss) fraîchement cueillie pendant tes vacances dans le Massif du Vercors, même si, pour celle-ci, l’incapacité n’est pas due à des raisons d’incompatibilité poney/élèves de 5ème, mais plutôt à la pertinence quasi-inexistante d’un tel choix. Il te faudra donc te faire de vrais amis. Alors va, vis, deviens et pose donc un peu ce yaourtophone “fait maison”, nous t’entendons très bien sans, tu sais.

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11 Responses to “Le Manuel Des Castors Juniors”

  1. Steppen Says:

    AAAAAAAAAAAAH, moi qui voulait désespérément ce manuel que mes parents ne m’ont jamais offert, j’ai du me contenter du Guide de l’Aventure de Pif (que je te prêterai à l’occasion, car on ne sait jamais ce qu’il peut nous tomber dessus, avec 2012 qui approche, tout ça).

    J’adore en tous cas, bravo les Castor Junior. Pas étonnant que les gamins sont déséquilibrés ^^

    Je veuuuuuuuuuux :D

  2. Romano-Luigi Says:

    Alors si je comprends bien cet article on ne peut plus pertinent, le guide des Castors Juniors, qui a suscité toute ma convoitise de bambin, n’est en fait qu’un manuel ultra mondain qui te rappelle sans cesse qu’il faut te faire des amis et divertir ces derniers… Et moi qui croyais qu’on t’y apprenait la survie en milieu hostile…

  3. Pau Says:

    Hé ben moi j’avais aussi e manuel.
    J’suis sure que je peux le retrouver en plus, il est dans un carton ….

    Merci merci merci. <3

  4. monsieur gabriel Says:

    T’es sur que c’est pas genre plein de sous-entendus ?
    Parce qu’entre “les copains on peut faire des trucs avec dehors” du style la “brouette de Ben-Hur” (ça ne s’invente pas), ça fait un peu penser à de l’amateurisme outdoors, ça, quand-même…

  5. Thomas Says:

    Bien vu Gabriel, bien vu… D’ailleurs, je crois bien que le volume 2 contient un chapitre “threesome perché dans les arbres” et “construit ton propre périscope anal”, ça aurait dû me mettre la puce à l’oreille.

  6. Pau Says:

    Hiiiiii MONSIEUR GABRIEL ici !!!

    poplemousse.com, lieu de rencontre de les bloggueurs. Trop chouette quoi !

  7. monsieur gabriel Says:

    → Thomas : oui, j’imagine. T’as les illustrations ? ;op

    → Pau : mais veu-gra ! En fait j’ai suivi un lien dans un de tes messages FB, et hop ! Me voici ici (et c’est drôlement chouette ici !)

  8. Pau Says:

    Monsieur Gabriel > T’as vu ça, j’ai des amis trop chous et trop chouettes <3
    (Et t'en fais partie, t''as suivi mon lien <3)

  9. » Blog Archive » Le Manuel Des Castors Juniors, volume 2 Says:

    […] c’est über-cool. Après les G.A.G.A. du premier volet, voici les […]

  10. Wali Says:

    Incroyable mais il existe…..Le Manuel des Castors Juniors m’en aura fait vivre de belle et continue à me faire revivre des souvenirs oubliés…

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